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L’histoire
du jazz et des musiques improvisées a toujours été en
phase avec les mouvements liés aux revendications
sociales et politiques, notamment celles des Africains-Américains.
De grands artistes ont conçu et utilisé leur œuvre pour
défendre leurs opinions ; on pense notamment aux membres
de l’AACM, à Archie Shepp, Max Roach, Charlie Haden et
son Liberation Music Orchestra ou encore à l’écrivain
Amiri Baraka. L’exercice est pourtant périlleux, qui
comporte le risque de tomber dans le dogmatisme, l’excès
de narration, voire l’absence de construction artistique
au profit du discours politique. D’ailleurs, aujourd’hui
encore de nombreux créateurs répugnent à traduire une
forme ou une autre d’engagement dans leur art - à croire
qu’ils ne souhaitent pas confondre création et politique.
Pourtant, plus que jamais les espaces d’expression
devraient dénoncer les dérives inquiétantes ou
promouvoir des idées insuffisamment défendues. C’est ce
que fait aujourd’hui Bruno Angelini avec Sweet Raws
Suite Etcetera. Un titre qui renvoie à son illustre aîné
Max Roach et au légendaire We Insist ! Freedom Now
Suite, avec notamment Abbey Lincoln, Coleman Hawkins ou
Booker Little. Pour cette aventure [1], le pianiste a
fait appel à deux compagnons de route [2] : Sébastien
Texier et Ramon Lopez. Le premier perpétue ainsi
l’infaillible engagement de son père Henri [3] et la
discographie du batteur espagnol comporte des disques
très engagés [4].
Cet album retrace la vie d’un personnage imaginaire,
Raws (anagramme de « Wars » – « guerres » en anglais)
dont on suit le parcours au fil de neuf morceaux
composés par Angelini. [5] Le trio nous invite à un
voyage allant de la Seconde Guerre mondiale aux
premières années de ce XXIè siècle naissant, voyage au
cours duquel Raws s’engagera pour défendre ses idéaux,
entre moments de bonheur et de désenchantement face à
l’évolution du monde.
Tout commence par une chanson (« Sweet Raws Song ») qui
fleure bon l’avant-guerre : même lyrisme à fleur de peau
nimbé d’inconscience joyeuse. Puis viennent les
tumultueuses prémices de la Seconde Guerre mondiale dans
une vieille Europe qui a du mal à sortir de sa torpeur
et c’est « Sweet Raws And Mister Wars Are In A Boat »,
avec son décalage entre un saxophone belliqueux et un
piano naïvement serein, presque désinvolte. Puis, enfin,
la guerre elle-même qui, inéluctable, embrasera le
continent et bientôt la planète : « Wars » l’évoque par
les fulgurances d’un free jazz aux allures de troupes en
marche sous les bombardements (grandiose Ramon Lopez).
Après le chaos naît la prise de conscience des horreurs
dont l’être humain est capable ; Raws est affligé, perdu
dans ce monde qui ne sera plus jamais le même (« Faded
Raws », tout en magnifique mélancolie).
Les décennies suivantes s’enchaînent entre volonté de
changer la société (« He Has A Dream », en écho au
discours de Martin Luther King) et les nouvelles dérives
- économiques cette fois - illustrées par « Neo-Capitalism
: Happy Tomorrows For Raws ? » puis « Opulence And
Starvation ». En trois pièces, le trio transcrit
superbement l’emballement de la société de consommation
– l’introduction d’« Opulence And Starvation » est, à ce
titre, un exemple de musique figurative. L’auditeur
passe d’une société où tout semble possible car le pire
est derrière elle, et où le progrès est susceptible tout
changer, à un système qui offre l’abondance mais voit
apparaître de nouvelles formes d’esclavage.
Si ce disque est réussi, c’est que les membres du trio
ont su « jouer » ces faits historiques sans se montrer
trop illustratifs. Le talent dont ils font preuve ici
pour manier l’improvisation, associer leurs lignes
personnelles comme autant de pensées nourrissant un
discours, et pour enchaîner free tumultueux et rythmes
marqués, est exceptionnel. Voir les trois morceaux
centraux, qui évoquent bien les tiraillements intérieurs
du personnage et la question du choix des idéaux à
travers les tensions et échanges entre musiciens. Cette
complexité des voix fait toute la crédibilité du propos
et donne vie à Raws en exprimant ses conflits loin de
tout manichéisme. « Resist, Raws ! Resist ! » vient en
forme d’aboutissement logique, puisque la résistance est
survie dans un monde où l’incertitude est la seule
certitude. Tout se terminera également en chansons, mais
elle semble bien loin, la « Sweet Raws Song » inaugurale…
Angelini fait ici œuvre de musicien citoyen ouvert au
monde, dont la musique est au service de la conscience
politique. Son disque-manifeste emploie l’improvisation
comme arme de dénonciation massive, avec pour munitions
la beauté des phrases, des rythmes et des timbres. Ça
grouille, ça vibre, c’est beau et empreint
d’enthousiasme. Bref, ça vit. Cette « biographie »
prouve magistralement que la musique peut véhiculer des
idées, surtout aux mains d’aussi grands musiciens : de
part et d’autre, la subtilité du jeu, la vaste palette
de couleurs et l’écoute réciproque, omniprésente, en
font une œuvre majeure.
JULIEN GROS-BURDET /
CITIZEN JAZZ.com
[1] Concrétisée grâce au soutien de la ville de Sevran,
qui a accueilli le trio pour une résidence et le concert
dont est issu le disque.
[2] Cf. Bruno Angelini/Ramon Lopez/Joe Fonda, New York
Sessions [Sans bruit] ; Silent Cascade [Konnex], et bien
sûr le quartet « Résistance poétique » de Christophe
Marguet.
[3] On se souvient par exemple d’Alerte à l’eau ou de
Holy Lola, auxquels il participait déjà.
[4] Cf. Ramon Lopez quartet, Songs of the Civil Spanish
War [Leo Records] ; le récent Valencia du Ramon Lopez «
Freedom Now Sextet », etc.
[5] Lopez co-signe « He Has A Dream ».
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Pour
moi, aucun doute possible, voilà bien le meilleur disque
« indigène » de l’année. Tout au moins, de tous ceux que
j’ai entendus, c’est celui qui m’a le plus « transporté
».
Au figuré comme au propre car je l’ai écouté pour la
première fois en voiture en revenant du concert de Wayne
Shorter à Marseille, à fond les manettes ! Et il m’a
procuré la même émotion enthousiaste.
Bruno Angelini est le prototype du pianiste moderne,
ouvert sur le monde. Tellement ouvert sur le monde qu’il
décrit dans cet album concept ( en anglais concept album
! ) l’évolution de Raws, un personnage imaginaire qui va
dériver implacablement de l’engagement citoyen pendant
et après la seconde guerre mondiale jusqu’à la
soumission à la loi du marché.
Profit, rentabilité, qui entraînent inégalités,
exclusion, migration, pauvreté. J’ajouterai au propos de
Bruno Angelini que chaque fois qu’un cataclysme s’abat
sur la planète, c’est toujours sur les godasses des
déshérités. Raw signifie brut, pur. On ne finira pas
très loin de Jaws, le requin.
On s’attend donc évidemment à une musique qui va
traduire une profonde indignation au sujet du non-partage
des richesses mondiales.
Une musique engagée dont la forme est assez proche de
celle du Wayne Shorter actuel, c’est à dire
improvisation collective libre avec le couple tension/détente,
paroxysme/acalmie. De ce registre, John Coltrane était
passé maître.
Le paroxysme salutaire va se produire dès le milieu du
deuxième titre, Sweet Raws and Mr Wars are in a boat et
va se continuer avec le troisième, Wars, trois minutes
trente sept de folie succédant à un excellent thème.
Jamais je n’avais entendu Sébastien Texier se libérer à
ce point. Le saxophone alto est à ce fils « prodige » ce
que le soprano est à Shorter, c’est par lui qu’ arrive
la transe paroxystique.
À l’inverse, il peut être dans cette douceur qu’a Wayne
quand il n’utilise pas toute la colonne d’air de son
ténor. Le premier titre du disque, lent, en est
l’exemple parfait. Un très beau son pur proche de celui
d’Ornette Coleman dans son Lonely woman, des notes à la
limite de la fêlure, d’une grande puissance émotionnelle
par leur fragilité. À la clarinette, Sébastien possède
le plus beau son qui soit. On se demande même s’il sort
d’une clarinette. Je n’ai rien entendu d’aussi captivant
depuis Lester Young et sa clarinette en métal ou depuis
le Sidney Bechet de Blues in thirds. Chacune de ses
interventions est un bonheur absolu, en particulier dans
la quiétude de la fin du titre d’ouverture et dans
l’apaisement de la conclusion du dernier, Sweet Raws
song final.
Je connaissais Ramon Lopez pour l’avoir maintes fois
apprécié dans le trio de Joachim Kühn, un de mes
pianistes favoris. Ce type est un extraterrestre. Pas à
proprement parler un batteur, il est une pulsation multi-directionnelle
dont explosivité est le maître mot, à côté d’une
richesse foisonnante et d’une folie communicative. Sa
batterie gronde, menace, on pense à Gustav Mahler dans
Sweet Raws and Mr Wars. Elle tempête, elle foudroie,
elle déclenche littéralement le tonnerre dans Sweet Raws
song.
Quant à Bruno Angelini, il est non seulement le PIANISTE
par excellence, mais aussi le MUSICIEN et le COMPOSITEUR
que l’on attend de quelqu’un qui se hisse vers les
sommets.
Son jeu se situe dans la partie médium, médium/grave de
l’instrument, jamais dans les aigus tape-à- l’oreille.
Il possède un son magnifique, probablement hérité de ses
études classiques. Ses notes sont bien détachées, dans
un discours bien articulé. DansOpulence and starvation,
il se fait sombre et ses ponctuations de main gauche
évoquent à mes oreilles un autre de mes favoris, Claude
Debussy. Rien que ça ! Ses soli sont une merveille, en
particulier ceux de Sweet Raws song et de Faded Raws.
Côté compositions, écoutez seulement ce dernier titre.
Je l’avais déjà apprécié dans le très beau et très
étrange Colors, en compagnie du chanteur/poète Gérard
Lesne. Association à la Bernie Taupin/Elton John. Un
disque qui a dû se vendre comme des housses à cathédrale
tant nous sommes dans une brillante démocratie
artistique, où Gala remplace Boris Vian et Secret Story
Jim Jarmusch. Cela me rappelle une anecdote : du temps
où j’officiais comme directeur des variétés
internationales et du jazz chez CBS, nous avions tous
les mercredis après déjeuner un comité d’écoute où
chaque directeur artistique présentait les nouveautés
qu’il souhaitait mettre sur le marché français. Réunion
où il y avait plus de cigares que de joints... Quand le
premier Weather Report est arrivé, je leur ai joué
Orange lady et le responsable de la promo TV a
malicieusement demandé « Comment ça se danse ? ». Et moi
de répondre « Comme Debussy, pareil ». Rien à voir avec
le disque de Bruno Angelini, me direz-vous. Oh, que si.
Quand j’ai écouté l’album Sweet Raws suite pour la
première fois, je n’avais pas connaissance de l’argument,
j’ai juste ressenti un grand choc émotionnel. Il est
donc évident que par la qualité des compositions et de
la musique, ce disque tient debout tout seul. Comme
tient tout seul sans le film le Sait-on jamais de John
Lewis.
Je vous l’ai dit, mon disque de l’année, avec Way of
life de Céline Bonacina.
MICHEL DELORME /
CULTURE JAZZ.net
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Bruno Angélini a
suivi un parcours traditionnel : étude
du piano classique au conservatoire ;
découverte du jazz à l’adolescence (You
Must Believe In Spring de Bill Evans)
dans la classe du trompettiste Guy
Longnon ; apprentissage des joies de
l’improvisation au CIM avec Samy Abenaïm
(co-fondateur avecBernard Maury en 1996
de la Bill Evans Piano Academy) ;
collection de prix dans les concours (La
Défense, Vannes…) et tournées par monts
et par vaux. 2003 marque le début d’une
longue coopération entre Angélini et
Philippe Ghielmetti : le pianiste
enregistre Empreintes, son premier
disque en leader (avec Ricardo Del Fra
et Ichiro Onoe) pour Sketch. L’année
suivante il participe à un spectacle du
chanteur baroqueGérard Lesne et y
rencontre Ramón López avec qui il sort
Silent Cascades(Joe Fonda tient la basse).
2006 est l’année de l’album solo Never
Alone, enregistré pour la série «
Standard Visit », créée par Ghielmetti
chez Minium. Fidèle à ses amitiés
musiciennes Angélini joue et enregistre
avecChristophe Marguet (Itrane, Buscando
la luz), López et Fonda (New York City
Sessions), Giovanni Falzone…
Début 2010 la ville de Sevran propose
une résidence à Angélini qui réunit un
trio de choix avec l’inévitable López et
Sébastien Texier aux clarinettes et au
saxophone alto. Le trio enregistre en
concert une suite écrite par le pianiste
: Sweet Raws Suite etcetera. Le disque,
dont la maquette a été conçue par
Ghielmetti, sort sur Abalone . Ce jeune
label, créé en 2007 par le violoniste
Régis Huby, a constitué en peu de temps
un catalogue solide en matière de jazz
moderne et partisan, avec notamment le
Quartet Résistance Poétique de Marguet,
Claudia Solal, Sound Of Choice et…
Angélini.
La Sweet Raws Suite Etcetera n’est pas
anodine : « ce projet est né d’une
profonde indignation au sujet du « non-partage
» des richesses mondiales, de plus en
plus insupportable à mes yeux ». Plutôt
qu’une suite au sens classique du terme,
Sweet Raws évoque davantage la bande-son
d’un film. D’ailleurs Angélini explique
que les morceaux décrivent la vie de
Raws (anacyclique de war, la guerre en
anglais). Raws est un personnage qui,
après avoir fait la deuxième guerre
mondiale, participe à la reconstruction
avec plein d’utopies. Mais ses illusions
humanistes s’effondrent devant la
logique capitaliste, le profit, les
inégalités, la mondialisation etc. Dans
un dernier sursaut Raws lance un appel à
la résistance… Les titres des morceaux
sont évocateurs comme « Sweet Raws And
Mr Wars In A Boat », « Neo Capitalism:
Happy Tomorrows For Raws? » ou encore «
Opulence And Starvation ». Jusqu’au «
etcetera » dans le nom de l’album qui
rappelle le manifeste d’un autre
insoumis : Serge Gainsbourg et son « Aux
armes et cætera » (1979).
La suite dure trois quarts d’heure et se
compose d’une ouverture (« Sweet Raws
Song »), de sept tableaux et d’un final
(qui reprend le thème de Sweet Raws).
Chaque mouvement a sa propre ambiance en
fonction de son objet : la chanson de
Sweet Raws est plutôt mélancolique,
l’évocation de la guerre démarre par une
marche avant de partir dans un
développement foisonnant, le rêve de
Sweet Raws est mystérieux, le néo-capitalisme
est évoqué sur un ton proche de celui de
la Panthère Rose, l’opulence et la
famine se traduisent par un mouvement
majestueux et emphatique…
Les interactions entre les musiciens
relèvent du trio de musique
contemporaine : indépendance des voix («
Sweet Raws Song »), lignes musicales
sophistiquées (« Resist Raws! Resist »),
jeux expressionnistes (« Wars »),
exposition tourmentée des mélodies («
Opulence And Starvation »), contrepoints
(« Resist Raws! Resist »)… Mais les
trois musiciens gardent aussi
constamment un sens aigu de ce
balancement si spécifique au jazz.
Le drumming dense et musical de López,
le phrasé élégant et irréprochable de
Texier et la créativité recherchée
d’Angélini s’accordent à merveille :
Sweet Raws Suite Etcetera est une œuvre
intelligemment construite et
admirablement interprétée, dans laquelle
passages débridés et mélodies soignées
se complètent harmonieusement.
BOB HATTEAU / JAZZ A BABORD
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Décidément
Bruno Angelini est un de ces pianistes rares qui forcent
l’attention, et un compositeur sensible. Sa musique
laisse des traces indélébiles : avec cette histoire
imaginée, Sweet Raws Suite, Etcetera, c’est une autre
écriture qui s’impose, tournée vers le réel, engagée au
meilleur sens du terme : cela veut dire qu’elle sonne
juste, avec puissance et lyrisme, sans pathos, mais avec
ce sens de la réalité qui est aussi un prolongement du
jazz d’aujourd’hui. Avec une construction dramatique et
une tension qui ne retombe guère, l’argument, simple et
fort, pourrait ne pas être connu, la musique
l’emporterait assurément par la conviction, le
frémissement, l’indignation* qui la parcourt . Mais
donnons-le tout de même : il s‘agit de l’histoire de
Raws, personnage imaginaire, qui après avoir combattu
lors de la seconde guerre mondiale, a participé à la
reconstruction de la société, avant de se retrouver
balloté dans la tourmente économique actuelle, entre
ultralibéralisme et exclusion, « opulence and starvation
». Un propos nécessaire donc, sous-tendu par une musique
qui réveille et déclenche une réaction immédiate,
passionnée.
Emouvant, nous l’avons dit et le fait que Bruno Angelini
ait fait ses classes dans la Bill Evans Academy, avant
d’en être aujourd’hui un des enseignants, n’est pas pour
nous déplaire…S’il a su s’éloigner de cette lourde
hérédité, il avoue lui même que c’est « l’interplay »
qui le fascine chez le pianiste américain.
Ses généreux complices forment un trio fraternel. Quand
ils improvisent, leur jeu a l’éclat et la fluidité du
chant, la vérité et la vitalité du cri. Une mélancolie
sourde traverse l’album, dans l’ouverture et le final de
cette suite, chant éploré et saisissant de Sébastien
Texier, au saxophone. Ce thème pourrait accompagner le
film d’une vie, car les traits musicaux dessinent les
contours, composent le portrait de Raws. Nous parions
volontiers que ce motif désespéré, qui va crescendo,
restera dans nos mémoires.
Mais résonne aussi dans tout l’album, un air de liberté
teinté de romantisme, avec des sursauts de révolte que
la musique illustre parfaitement. Dans « Wars », le
rythme s’emballe soudain, une folie meurtrière gagne,
les sens sont exacerbés. Plus percussionniste que
batteur dans son « drumming » ambivalent, Ramon Lopez
joue à l’envie des timbres et rythmes qu’il alterne,
superpose, distribue !
La triangulaire classique piano-saxophone alto/clarinettes-
batterie impose trois voix qui s’écoutent et se
répondent en des interventions nerveuses, longues et
exaltantes, avec des commentaires riches qui
entretiennent et relancent l’intrigue ( « Neo capitalism
: happy tomorrows for Raws ?»)
Une musique sombre et pourtant lumineuse, qui arrive à
se renouveller tout au long de l’album, ménageant
l’alternance de climats, d’une douce violence à une rage
plus inquiétante. D’évidence, voilà un trio de musiciens
formidables qui envoûtent tout en incitant à la
résistance. On marche à fond ! Alors, procurez-vous vite
ce « live à Sevran » et allez écouter Sweet Raws Suite…
s’il passe près de chez vous !
SOPHIE CHAMBON /
LES DERNIERES NOUVELLES DU JAZZ.com
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¿Existe
una música del momento presente? ¿Creadores capaces de
percibir la realidad de su entorno y explicarla en
sonidos? E incluso, ¿músicos que procuren incidir en
ella mediante la música? Las dos primeras preguntas
seguramente requieren la perspectiva histórica del
momento presente para poder concluir si existe esa
música y sus creadores. Son muchos los ejemplos de
músicas que hoy representan para nosotros un momento
histórico y sus diferentes estilos y creadores las
diferentes perspectivas de la realidad pretérita. Pero
al tercero de los interrogantes se le puede dar ya
respuesta en las propias palabras del autor de este
disco. Dice el pianista Bruno Angelini que este proyecto
nació de la indignación ante la falta de reparto de la
riqueza mundial, cada vez más insoportable a mis ojos.
Este sentimiento hizo que creara nuevo repertorio con el
fin de intercambiar y demostrar esta indignación con
otros. Además, en una entrevista previa a la grabación
del disco (registrado en concierto), añade: una música
que traduce una idea política, la idea de que hay que
resistir frente a este sistema capitalista completamente
desequilibrado. No hay duda, el proyecto de Angelini
surge inspirado por lo que le ha tocado vivir, trata de
construir a partir de lo vivido y reflexionado y
compartirlo mediante una idea política convertida en
música. Claro que uno se pregunta: ¿es posible
transmitir esa idea a través de una música puramente
instrumental?
La falta de la letra de una canción - que fuera más o
menos explícita - la sustituye aquí un programa de mano
que se reparte en las actuaciones del trío y que, de
igual manera, propone el disco con los títulos de las
composiciones. En ese programa (y en los títulos)
seguimos los pasos de un personaje de ficción, Raws
(anagrama de guerras - Wars – en inglés), desde los
albores de la Segunda Guerra Mundial hasta nuestros
días. De la defensa de los valores de libertad, la
reconstrucción y la implicación en una sociedad justa y
libre, pasando por los cantos de sirena del capitalismo
y sus promesas de futuro, hasta una arenga final que le
pide a Raws (debe de tener ya una edad considerable este
hombre) que resista. Resist Raws! Resist!, titulan. Así
una grabación que en su escucha sin información podría
pasar por un buen trabajo de música próxima al Free Jazz
en algunos momentos y de un emocionante lirismo melódico
y etéreo en otros se convierte de pronto en música
programática. Hay un contenido explicitado que trata de
guiar al oyente por el entramado sonoro. ¿Viable sin
explicación? Seguramente sólo (¿sólo?) como música pura
pero, por si quedan dudas al respecto, la apuesta de los
tres músicos por una música así ya es viable como
actitud ideológica ante la vida. No requiere explicación
que sonidos como los que emanan de este trío no
pertenecen a una actitud conformista, además de que
Angelini, autor de las composiciones (He has a dream
lleva también la firma de Ramón López) ha tenido a bien
concebirla como una música grupal en la que incluso su
piano calla en muchos momentos a beneficio de Texier y
López. No hay jefe y asalariados en Sweet Raws Suite
Etcetera, hay un equilibrado ejercicio de
responsabilidad compartida.
Un tipo de música programática ejemplar (no confundir
con modélica) es la música cinematográfica o televisiva.
Música que acompaña desarrollos narrativos, que subraya
emociones de todo tipo. Las hay más sutiles que otras
pero abundan en las producciones más populares (¿a su
vez las más capitalistas?) los excesos melosos (en
romance) o vertiginosos (en acción violenta). Y sí, la
música que en este disco se refiere a la guerra o al
capitalismo (Wars, Neo Capitalism: Happy tomorrows for
Raws?...) es la que opta por una sonoridad más áspera
mientras que la que habla del desencanto de Raws (Faded
Raws) o de su bonhomía (Sweet Raws song) se abre a
sonidos más melódicos y contenidos, siempre abiertos en
todo caso. Pero si una virtud tiene este trabajo, además
del notable equilibrio entre composición e improvisación
(estructura e implicación personal), es que la
descripción musical de conceptos ideológicos o de
situaciones y emociones no llega a extremos paródicos
sino que hay siempre matices contrastantes. Lo bello no
lo es desde una perspectiva puramente formal así como lo
desagradable, lo violento, no deja de exhibir belleza.
La opulencia (Opulence) no se manifiesta desde la
exuberancia musical; al contrario, el piano de Angelini
reitera una línea melódica muy intimista sobre la que
trabaja con pequeñas variaciones y desarrollos mientras
por debajo Ramón López mantiene un pulso abierto,
inquieto pero contenido, fundamentalmente con las
escobillas. El hambre (Starvation) llega, en todo caso,
por inanición del tema que termina desvaneciéndose. Hay
sensación de inquietud en los casi cuatro minutos de
este tema, no gloria y descenso a los infiernos. Evita
la caricatura de los extremos y la música expresa la
incertidumbre en la que se basa el sistema capitalista.
Incluso cuando el capitalismo llega con la promesa de
Happy tomorrows para Raws la música lejos de la
pirotecnia de las promesas se sustenta sobre un ritmo
insistente y percusivo del piano y la batería al que se
suma el saxo alto de Texier que, conforme avanza la
música, termina por construir un solo que delira sobre
la estructura rítmica. ¿Acaso no son delirantes las
promesas del sistema?
Vuelvo a las preguntas iniciales y concluyo, sin esperar
al juicio de la historia, que la música deSweet Raws
Suite Etcetera consigue, desde sus postulados estéticos,
comprender bien el momento de incertidumbre presente, de
crisis permanente que aquí cabalga sobre una música que
prescinde de la base sólida del contrabajo y prefiere
caminar por superficies mucho más flexibles e
inestables, abiertas a la aportación sin más atadura que
algunas consideraciones melódicas y atmosféricas (la
forma, donde está prefijada, no oprime). Si el resultado
final de este concierto (disco) no dependiera de unas
premisas ideológicas concretas ni de un programa de mano
estaríamos ante música tan excitante como inquietante,
tan cálida como punzante. Música con muchos registros de
la mano de tres músicos que prescinden de protagonismos
para crear conjunto y en la que Texier demuestra un
sentido melódico tan acentuado como el de su padre (el
gran contrabajista Henri Texier), López fascina una vez
más con las múltiples sonoridades de la batería (¡qué
bien escucha entre líneas la música el alicantino!
¡¡cómo golpea – y con qué sentido - donde menos espera
la ortodoxia!!) y Angelini da muestra de un compromiso
social que es igualmente musical. Su piano entra y sale,
nutre y se nutre, habla para el grupo y se dedica a
colocar las tablas y el decorado del escenario sobre el
que actúan Texier y López. ¿Cambia algo su música la
realidad de su entorno? Obviamente no a grandes rasgos,
seguramente tampoco en el entorno más próximo, pero
nunca está de más que todavía haya quien proponga desde
la música la purga de nuestras propias miserias. Que
además de oír nos incite a escuchar y, de paso, pensar.
CARLOS PEREZ CRUZ /
EL CLUB DE JAZZ.com 2010 |